Interview ISIYU.FR x Yaniss ODUA


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Avant son départ pour les festivals d’été comme le Summerjam et Couleurs Café, ISIYU.FR a croisé Yaniss Odua à Paris pour discuter un peu plus de sa grande contribution au Reggae français. Rencontre avec le jeune prodige qui partage sa culture et sa sagesse partout où il va.

 

ISIYU.FR: Tu commences le Reggae vers 10 ans, maintenant tu voyages, fais des scènes un peu partout, comment perçois-tu la musique Reggae aujourd’hui, en France et dans le monde?

Yaniss ODUA: Je trouve que le Reggae a bien évolué, c’est une musique qui évolue avec son temps, je trouve qu’elle s’adapte particulièrement bien, elle scinde un peu toute la situation dans laquelle on vit, elle présente bien même de manière résumée.
En étant puriste, je suis conscient que le Reggae a beaucoup de branches, comme le Dancehall, le Roots, le New Roots, le Ska, etc. Je trouve qu’il y a assez d’artistes et de feuilles pour pouvoir étoffer cet arbre.

 

ISIYU.FR: Pour cet opus tu es parti en Jamaïque à la rencontre de Clive Hunt, qui, d’après ce que j’ai pu lire, aurait accepté sans hésitation de travailler sur ce projet malgré le peu de fonds. À part cet excellent album, en quoi cette rencontre a pu t’être bénéfique ?

Yaniss ODUA: Clive Hunt c’est un monsieur que je connais depuis 2004 environ. Après l’album Moment Idéal on lui a parlé du projet et il nous a dit de « descendre » que l’on puisse travailler le projet. L’expérience c’était déjà de travailler avec un génie qui avait contribué à l’histoire du Reggae en elle-même, comme Peter Tosh, Dennis Brown, Beres Hammond pour ne citer qu’eux. Au niveau francophone il a travaillé avec Lord Kossity, Pierpoljak et j’en passe encore. Quand il entend un morceau, il sait quel artiste musicien va pouvoir lui redonner cette couleur, il sait retranscrire ce qu’il a entendu et c’est une surprise à chaque fois.

 

Être assermenté comme “force de l’ordre” ne veut pas obligatoirement dire utiliser la force.

ISIYU.FR: En duo avec Keny Arkana, le morceau “Écoutez-nous” dénonce plus que la violence dont on a pu être témoin ces derniers mois mais tout un système. Peux-tu nous l’expliquer un peu ? Quel est le message à en tirer ?

Y.O: Le message à en tirer est de ne pas oublier que derrière les policiers, vous êtes des Hommes. Votre famille fait partie du peuple que l’on vous ordonne d’aller protéger. On le sait bien et on le voit, quand la police est dans le public c’est à ce moment-là que l’on se sent plus en danger. A mon niveau, je ne me sens pas rassuré. Je me doute qu’ils peuvent me tomber dessus à n’importe quel moment et leurs techniques ne sont pas tout le temps agréables mais on ne peut pas tous les blâmer. C’est le message qu’on essaye de passer à travers le morceau, on ne peut pas mettre tout le monde dans le même panier. Il faut que l’on se fasse notre propre opinion, nous sommes en 2017, on ne peut plus suivre des instructions/informations sans vérifier. L’Etat exerce une force qui n’est pas forcément légitime et on prend l’opportunité à travers la musique de faire respecter nos droits. Être assermenté comme “force de l’ordre” ne veut pas obligatoirement dire utiliser la force.

 

ISIYU.FR: Ton single MDMA dont le clip est sorti récemment, parle à la jeune génération, cette génération qui peut avoir accès à tout même depuis le plus jeune âge, pourquoi il était important pour toi de leur parler ?

Y.O: Cela était important pour moi car j’ai grandi, j’ai une responsabilité, mes enfants écoutent ma musique et d’autres aussi. À partir d’un certain âge, beaucoup de jeunes se rebellent face à ce que leurs parents disent. Ils ont besoin de faire leur propre expérience et si on peut éviter ce genre d’expériences négatives, que ça peut leur être bénéfique, je me dois de faire passer le message. En regardant les exemples que l’on a déjà eu, cela ne rend pas plus fun ou sinon juste à l’instant T. Cela peut nous détruire physiquement et mentalement, ainsi que détruire notre entourage psychologiquement, ce sont des paramètres à prendre en compte.

 

ISIYU.FR: Cet album intègre beaucoup d’éléments intéressants en plus de tes collaborations avec Clive Hunt et Keny Arkana, on retrouve des sonorités plus électroniques dans le morceau “Jump” avec un passage dubstep, d’où t’es venue cette inspiration ?

Y.O: Yeah ! Je viens de l’école du Sound system donc tout ce qui est Dancehall, électronique, digital, ça me parle depuis très jeune. Sur cet album, contrairement à Moment Idéal, on a voulu laisser libre court à nos influences musicales qui sont un peu plus urbaines. Nous sommes en France, sur Paris en général, pourquoi ne pas laisser libre champs à ces influences. Bien sûr c’est un partage et c’est intéressant de pouvoir ramener le côté Reggae dans ces musiques urbaines car même si j’ai choisi la voie du Roots, du live, j’ai baigné dans la culture urbaine.

 

ISIYU.FR: Tes textes arborent toujours une couleur créole, dans tes paroles ou même sur scène, comment la travailles-tu face à ton public non créolophone ?

Y.O: Je prends exemple sur un artiste qui est Fela Kuti, qui vient du Nigéria, initié aux idées de Malcom X jusqu’à sa mort, c’est en rentrant au pays qu’il a fondé l’Afrobeat. Il avait comme devise de chanter dans la langue où le maximum de personnes pouvait le comprendre. Je partage ainsi ma culture partout où je vais, dans la langue que tout le monde va comprendre, alors qu’à l’inverse il n’y a que ceux de chez moi qui vont comprendre.

 

ISIYU.FR: Ton premier hit “La Caraïbe” sorti en 2001, fort de son succès toujours aujourd’hui, il est chanté par tout ton public quand tu l’interprètes en Live, et pour l’avoir vécu le 20 mai dernier, il s’agit d’un des grands moments du show, comment pourrait-on l’expliquer selon toi ?

Y.O: C’est un morceau qui est arrivé à un moment particulier, un moment où on avait besoin de l’entendre. J’ai eu envie de le faire parce que je le ressentais vraiment et c’était une période où les gens commençaient à entendre des morceaux qui leur parlaient et celui-là a dû surprendre je pense. Le petit plus serait que peu de choses ont changées depuis, mine de rien.

 

ISIYU.FR: Quelles sont tes prochaines dates live ?

Y.O: Nous serons en live prochainement un peu partout jusqu’à mi-août, la Suisse bientôt mais aussi des festivals comme le Summerjam en Allemagne, Couleur Café en Belgique… Pour le moment on reste en Europe.


Interview: @ChloeRBL_

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Chloé RBL

No revolutions without Music.

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