NOU GON Ké SA - La crise de la musique urbaine en Guyane

NOU GON Ké SA – La crise underground de la musique urbaine en Guyane

La Guyane marque d’une main de fer son histoire avec son « Printemps Guyanais ». Alors que les 500 frères et d’autres collectifs appellent à l’union et la cohésion, une guerre inattendue se dévoile dans les sphères de la musique urbaine locale.

Une vidéo circulant sur les réseaux sociaux postés par une page Youtube nommée « 500 frères » présente une série d’extraits de clip d’artistes dit « badbay » faisant l’apologie des armes et de la violence. On retrouve alors dans cette vidéo des artistes comme GIFTA, POPLANE, LION P, SUPER BALATA ou encore STONE VYBZ.

Cela fait des années que certains artistes conscients bougonnent dans leurs coins estimant que leur musique n’était pas reconnue à sa juste valeur. La révolution guyanaise alors en marche a permis à certains de se placer au-devant de la scène. On ne citerais donc pas un de ces artiste de talent qui avait décidé en 2016 d’annoncer avec le titre « KARMA » son retrait de la musique indiquant que le peuple n’était pas prêt à écouter ses paroles amenant à la réflexion. Son récent titre « BARAJ » montre que la population guyanaise a su l’écouter !

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Cependant, tout n’est pas si facile et paisible dans la toile des réseaux sociaux Twitter et Facebook. En effet, l’élan de rébellion qui émane de la Guyane est peut être une aubaine pour faire du buzz selon certains-dire, alors que l’on voit des artistes sulfureux et activement suivi du public, des artistes « badbay » comme on les nommes, qui sortent dans titres de soutien au slogan « Nou Gon Ké Sa ». S’agit-il d’une prise de conscience ou l’occasion d’un buzz ?

 

J’ai donc décidé de contacter différents artistes de la scène urbaine guyanaise afin de réagir. A l’heure ou je rédige cet article j’ai réussi à joindre les artistes JAHSIK, F2N, SUGAR KAWAR, DASINGA, STONE VYBZ, SNIPA  qui nous apportent leurs témoignages. Trois questions simple ont été posées :

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  • Que penses-tu du mouvement social actuel en Guyane ?
  • Des artistes de tout bord ont apporté leurs soutiens au mouvement. Penses-tu que c’est une occasion de faire du buzz ?
  • Sur les réseaux sociaux beaucoup sont contre les sons des artistes badbays qui sortent des titres pour soutenir le mouvement alors qu’ils sont accusés d’être en autre la cause de la violence en Guyane. Quel est ton avis ?

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STONE VYBZ
« Le mouvement est légitime : le travail, la violence, etc.. Je suis le mouvement même si je suis mal jugé par rapport à mes sons.
Ce n’est pas le moment pour faire du buzz. C’est plutôt le moment de dire ce que l’on pense vraiment et faire passer un message positif. Il faut donner la force au mouvement.

Chaque personne est libre de chanter ce qu’il veut. On ne chanterait pas la violence ou le ghetto si l’on ne la voyait pas ou l’on ne la vivait pas. Si l’on vivait dans une société ou tout allait bien on n’aurait pas eu ce genre de son et pas de violence. On essaye de faire passer des messages, mais il y a certaines personnes qui n’écoutent pas et qui ne prennent pas le temps d’écouter. Ils entendent le début du son et ce disent : « Lui c’est un artiste Badbady ». Si on juge uniquement sur la couverture du cahier sans lire le cahier en lui même, ce n’est pas la peine de parler. » – STONE VYBZ- 

DASINGA
J »e pense qu’il y a longtemps que cela devait se passer. Ce n’est pas d’aujourd’hui que le pays va mal. Depuis le début, je suis l’actualité en direct. C’est une très bonne chose pour le pays. Je Big up tous ceux qui ont bougé et manifesté et le travail fournit par les collectifs
Je ne sais pas si c’est le moment de faire un buzz car chacun a son état d’esprit. Je ne pense pas que je me suis mis dans cette position.

Je préfère me focaliser sur ma musique ma vie et mes enfants. Chaque artiste fait ce qu’il veut. On n’est pas là pour juger. Il n’y a que Dieu qui juge. » – DASINGA –

JAHSIK « C’est bien pour que le pays avance positivement. J’y adhère totalement.

 

J’ai écouté la plupart des sons des artistes qui sont sortis à cette occasion. Ce n’est cependant pas l’occasion de faire du buzz, mais plutôt l’occasion d’apporter une force au mouvement. Les artistes sont là pour partager.

 

Ça ne me dérange pas que les artistes « babday » chante pour le mouvement. Au contraire, s’ils peuvent apporter un message positif à cette occasion. Je ne les juge pas. C’est de la musique, c’est un partage. » -JAHSIK-

F2N « Le mouvement actuel en Guyane est légitime et est l’aboutissement de problèmes sociaux économiques. Beaucoup de nos élus locaux et dans l’hexagone ont fermé les yeux depuis trop longtemps.

S’il y a des artistes qui ont utilisé cela pour faire du buzz ce serait bien dommage. Je pense que la situation est assez grave pour ne pas en profiter pour faire du buzz. C’est vraiment une situation qui nécessite l’unification de toutes les forces qui nous demande de mettre nos ego de côtés.

Incriminé un artiste pour ce qui se passe en Guyane, ce n’est pas faire preuve d’honnêteté intellectuelle. Il est vrai que certains artistes qui ont de l’influence sur une grande majorité de la jeunesse; je me demande s’ils ont conscience de l’impact qu’ils ont et de la nécessité  d’oeuvrer pour une meilleure Guyane. On peut parler de la misère, du ghetto, de la violence; mais il y a une manière de faire et de tourner un discours : dénoncer ou glorifier ? Je peux comprendre que certains puissent penser certains artistes retournent leur veste, mais je pense que l’occasion de saisir le moment pour unifier tous les artistes de musique urbaine et peut etre essayer de faire comprendre à ces artistes qui avait des paroles légères de l’importance de leurs paroles auprès des jeunes. Comme les 500 frères l’ont fait, les grands frères de la musique, les anciens des générations 90 et 2000 peuvent leur faire comprendre que leurs images, leurs actions et paroles servent de modèle aux plus jeunes. » -F2N-

SUGAR KAWAR
« Le mouvement actuel est assez logique par rapport à notre condition de vie. J’en dis beaucoup dans mon dernier titre « Sa Pa Normal » qui date de quelques mois. Tout le ras-le-bol, les conditions de vie difficiles. J’avais l’impression que c’était quelque chose de normal qui s’était installé. Heureusement, je n’étais pas le seul à avoir porté cette réflexion. Tout le monde constate que ce n’est plus possible de vivre dans ces conditions.
Avec internet et les réseaux sociaux, c’est normal que certains utilisent ceci pour faire du buzz, c’est normal. Faire du buzz peut-être positif si on y réfléchit bien.

Comme je le dis depuis toujours, la musique influence les gens en bien ou en mal. Si aujourd’hui ces artistes sont repentis, c’est quelque chose de bien si le message est positif. Vaux mieux tard que jamais. En même temps ce n’est pas l’artiste qui fait le public, c’est le public qui fait l’artiste. Chacun prend donc ses responsabilités. » – SUGAR KAWAR –

SNIPA « Je pense que le mouvement actuel est quelque chose qui devait se faire depuis longtemps. Plusieurs petits problèmes au sein du pays qui durent. Il fallait que ça pète ! Je pense que c’est nécessaire pour que l’on puisse avancer. Dans les autres pays, il y a toujours eu un conflit ou une guerre pour que les choses avancent.

Je ne pense pas que c’est une occasion de faire du buzz. Certains artistes peuvent utiliser cela pour promouvoir leur musique, mais cela serait malhonnête. On chante pour une bonne cause. J’ai sorti effectivement un son et un clip, mais j’ai pris une semaine pour écrire titre en choisissant les bonnes paroles. Ceux qui se sont précipités pour sortir des titres eux cherchent le buzz. Ils sortent un son, mais le titre n’a pas de vie, car fait à la va-vite. Nous notre langage c’est la musique, donc on l’utilise pour faire passer notre message de soutien.

Lorsque tu es un artiste et un homme, tu assumes ce que tu fais. Si tu sortais tout le temps des titres badbay et que tu sors un son dans le sens du mouvement : c’est de l’hypocrisie. Les gens l’ont remarqué et ont raison. Les musiques violentes ne sont pas la cause de la violence a 100%, mais cela influe. » – SNIPA –

D’autres titres à l’occasion du mouvement social en Guyane

 

 

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-SIKS-

20170703 142111 Priime Coast 100x100 - NOU GON Ké SA - La crise underground de la musique urbaine en Guyane
Passionné par la musique Hip hop, surtout le Rap et la Trap US. J’écoute tous les styles de musique du hardcore au classique en passant par le genre tropical.

Informaticien de métier, je suis également Compositeur de beats Rap, Trap & Soul Trap. Durant mes temps libres je suis également Webmaster, Producteur, Réalisateur de clip vidéo et opérateur de drone sous le blaze « Siks Music ».